Manifester à Beyrouth (bis)



© Maria Kassab


Dimanche 27 février, en écho aux nombreuses manifestations populaires qui tentent, avec plus ou moins de succès, de faire bouger les régimes en place dans le monde arabe, un millier de Libanais ont marché sous une pluie battante vers le Palais de Justice à Beyrouth pour réclamer la fin du système confessionnel qui régit notre pays.

Autant dire que la tâche est rude...

Nous n'avons point de dictateur à haïr. L'Hydre du confessionnalisme possède dix-huit têtes, et donc autant de despotes à faire vaciller. Sans compter les multiples chefaillons de milice à la retraite, les zaïms aux poches pleines et quelques hommes en treillis noir à qui on ne fera pas lâcher facilement leur monopole autoproclamé de la gâchette.

L'État n'est pas autoritaire. Il serait même plutôt falot, mou, voire absent. Allez revendiquer quelque chose ; au mieux on vous renverra au bureau d'à-côté, au pire on vous demandera de repasser, un jour non férié hors du lourd calendrier des fêtes religieuses et de célébration des martyrs. Et pour une décision finale, il faudra attendre la réunion du conseil des ministre. L'année prochaine, inchallah !

Encore pourrait-on espérer une révolte contre un appareil de sécurité répressif qui aurait malencontreusement confisqué le chariot d'un marchand ambulant. Que nenni, au Liban, on confisque seulement les passeports des travailleurs étrangers, ainsi que le droit pour les femmes de transmettre leur nationalité à leur progéniture, le droit pour tout citoyen d’être élu et de représenter ses électeurs hors de l’unique champ confessionnel ou, encore, le droit de postuler à un poste de l’administration sur la seule base de ses compétences.

Reste, en attendant, l'ineffable plaisir d’un bain de foule non-confessionnel, laïque, divers et non discriminant. Plaisir que l’on lit dans les images de Maria Kassab, jeune photographe libanaise découverte sur FaceBook. À défaut de la fin du confessionnalisme, un talent en devenir. Ces jours-ci, va savoir...

- article publié dans l'ORIENT LITTERAIRE, supplément de l'Orient-le Jour du jeudi 3 mars 2011 -

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