Beyrouth Bobo - Spécimens




On m'a mis en garde : pas de politique ni de religion, lâche-toi sur le reste. Dommage, j'adore la politique et la religion, les deux mamelles du crime et de la bêtise bien partagées par les chefs de tribus et de clans au Liban. Non, vraiment dommage, on aurait pu parler des menaces de jugement international, des espions homosexuels, de déstabilisation, des bombes par-ci par-là, de curés pédophiles, de muezzines sodomites, de mains coupées et d'achat d'armes en cachette. Bon, j'arrête, sinon on va être censuré. Revenons donc au sujet du jour…

J'ai retourné le bourgeois-bohèmes beyrouthin dans tous les sens, je l'ai pressé pour voir s'il en sortait du jus, j’ai fouillé dans ses poils, j'ai mis mon doigt dans ses trous puis j'ai reniflé, j'ai gratté son mucus que j'ai observé avec une loupe, celle de mon couteau suisse. Ca n'a rien donné de spécial. Le bobo est un bourgeois comme les autres. Le côté bohème, c'est un concept marketing pour mieux identifier celui ou celle qui remplacera son iPhone 4 par un iPhone 5 au premier jour de sa sortie, pour développer des visuels cool et légèrement subversif autour de la nouvelle collection de Diesel, ou encore pour calibrer d’une manière pointue et authentique la communication sur les bienfaits du Quinoa et du slowfooding. Tout au plus, le côté bohème revendiqué du bobo est juste un petit coup de gueule bien dirigé par les post soixante-huitards pour faire chier les vieux cons qui partent à la retraite. Bref, le bobo est sans intérêt paléontologique, agronomique, culinaire ou philosophique (le reste, je m’en torche). On en chope donc deux ou trois qui traînent entre Clémenceau et Mar Mikael, on les énuque d’un coup sec puis on les fout dans un bocal de formol. Et hop, on range le bocal à côté de ceux contenant les autres spécimens de la modernité : le révolutionnaire, le babacool, la féministe non épilée, le syndicaliste, l’alter-mondialiste, le branché, le métro-sexuel, le martyr, la MILF porno-chic, l’eco-warrior, l’intermittent du spectacle, le consultant, le décroissant, le trader, le pro-palestinien, l’anti-occidental et le queer. Belle collection de branleurs. A qui le tour ?

- édito publié dans le numéro 1 de LA FURIE DES GLANDEURS, journal illustré d'humour et d'humeur libanais -

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