Larmes glaciales à Pyongyang

© Reuters

Dans un pays difficilement accessible aux regards étrangers et qui a l'art de cultiver le secret , la Corée du Nord nous livre ce mois-ci une iconographie abondante. Les images se suivent et se ressemblent : hommes et femmes en pleurs, hommes et femmes saluant, silencieux et contrits, la dépouille du " cher dirigeant " Kim Jong-il, hommes et femmes alignés lors de diverses cérémonies officielles. Cette dévotion est-elle feinte ? Car l'on peut comprendre que les Coréens du Nord participent au grand concours des larmes comme d'autres vont à la messe ou au défilé : pour bien se faire voir et ne pas tomber plus bas dans les tréfonds de la machine dictatoriale. Il en va de leur survie au jour-le-jour.

Mais il faut aussi savoir que les Coréens, contrairement à leurs voisins japonais et chinois, sont des grands sentimentaux qui n'ont pas peur d'exprimer en public leurs afflictions. Ajoutez à cela un sens profond de la collectivité et le respect de la hiérarchie sociale, il n'en faut pas plus pour comprendre un peu mieux ce phénomène d'hystérie de masse. Qui plus est au sein d'une société embrigadée, éduquée, rééduquée et embastillée, c'est une situation somme toute familière à qui a fréquenté d'assez près la vie quotidienne dans de nombreux pays arabes frères ou cousins. À la différence près, et notoire, qu'en Corée, et particulièrement en Corée du Nord, la présence des femmes - bien qu'absentes dans les hauts échelons de la hiérarchie militaire - s'inscrit dans tout le paysage social du pays. Elles sont partout et portent avec une certaine fierté l'honneur d'un peuple mis au garde-à-vous sous la menace de la famille régnante.

Pour mieux s'en rendre compte, il est impératif d'aller voir les images du photographe Eric Lafforque http://www.ericlafforgue.com/dprk.htm qui, depuis presque une décennie, observe avec tendresse le quotidien d'hommes et de femmes qui ont eu la malchance de naître au dessus du 38e parallèle du Pays du Matin calme.

- article publié dans l'ORIENT LITTERAIRE, supplément de l'Orient-le Jour du jeudi 5 janvier 2012 -

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