Boom immobilier à Beyrouth

© An-Nahar
Beyrouth, chantier permanent, ne cesse de se bâtir et de se détruire. À côté de la frénésie des nouvelles tours érigées à la ronde par des entrepreneurs immobiliers avides de gains rapides, partout, des constructions temporaires, précaires, voire instables, parfois bâties illégalement, ont fini par acquérir une certaine pérennité. Aussi, parsemées dans ce tissu urbain en perpétuel renouvellement, des demeures subsistent, décrépies et vieillissantes, habitées de locataires qui ne veulent pas - ou ne peuvent pas - partir. Ou encore, emplies à la va-vite de travailleurs étrangers, de déplacés de l'intérieur ou de réfugiés de l'extérieur, bien en peine à trouver logement décent et à bas prix ailleurs ; ce qui permet aux propriétaires d'effectuer des gains sur des ruines qu'ils n'entretiennent plus depuis longtemps. Jusqu'à leur effondrement soudain... Le résultat, hélas, ressemble aux décombres occasionnés par la guerre civile, les attentats aux explosifs et les bombardements, qu'ils fussent d'origine syrienne, israélienne, palestinienne ou libanaise.

Il est difficile, pourtant, de voir la main de l'ennemi ou de l'autre dans le drame de Fassouh à Achrafieh qui a fait 27 victimes en quelques secondes. Ce crime non prémédité est bel et bien celui d'un propriétaire irresponsable, d'une municipalité négligente et d'un Etat aux élus absents - ceux-là comme tous les précédents - face à leurs responsabilités. Étymologiquement parlant, cela s'appelle une association de malfaiteurs, espèce plus que courante au Liban et plutôt bien représentée en haut de la chaîne alimentaire. Que représente alors le poids des victimes face aux intérêts financiers présents dans le jeu de Monopoly auquel Beyrouth est livrée ? Il y a fort à parier que les gravats de l'immeuble effondré seront rapidement recyclés par la machine de construction et de déconstruction qui nous sert de ville. Sans état d'âme.

- article publié dans l'ORIENT LITTERAIRE, supplément de l'Orient-le Jour du jeudi 2 février 2012 -

Lire aussi l'article de Assem Salam dans l'Agenda Culturel : L'Etat, un partenaire absent !

Commentaires

  1. Associations de malfaiteurs? il n'y a pas préméditation... http://fr.wikipedia.org/wiki/Association_de_malfaiteurs_en_droit_p%C3%A9nal_fran%C3%A7ais
    Ou comment se contredire en moins de deux phrases!

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  2. il a dit 'étymologiquement', pas 'en droit' ...

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  3. Merci à Anonyme 2.
    Anonyme 1 ne sait pas que j'ai l'habitude de peser mes mots, d'appeler un chat, un chat, et d'appeler une chatte, une chatte. C'est la règle. Et si cela ne plaît pas, que chacun reste avec sa bande hygiénique et la chatte sera bien gardée.

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    1. chacun + chacune, encore une histoire de jaquette ?
      Anonyme de Lausanne, ville aux confins de l'immobilier et de la culture...

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  4. A vrai dire, c'est bien le malheur d'Internet. Les gens consultent Wikipédia mais plus le dictionnaire... alors qu'il est tout autant accessible.
    Ils se font une opinion et émettent des jugements alors que leur information est amputée, voire erronée. Et ensuite, ça vient donner des leçons ! Je sens là une manière de faire et de penser qui, hélas, appartient à un espèce aussi trop courante au Liban.

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  5. http://www.cnrtl.fr/definition/malfaiteur

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