Où sont les hommes ?

© Toshifumi Kitamura / AFP

Les images fortes ne manquent jamais lors des Jeux olympiques, mais celle de la victoire de la libanaise Mona Shato contre l'égyptienne Eman El Gammal lors de leur duel au fleuret le 28 juillet 2012 à Londres nous tient particulièrement à cœur. Non pas qu'il y ait de quoi se réjouir par chauvinisme des points marqués par telle ou telle nation contre une autre, mais bien parce que Mona, ainsi que les six autres athlètes libanaises appartiennent à un Liban que l'on ne voit pas assez, un Liban sous-représenté, un Liban qui pourtant se dépasse dans l'effort et la saine compétition, un Liban dans l'action et le développement de soi plutôt que dans la destruction et la négation de l'autre.

Ce Liban-là est à majorité féminin !

En effet, la petite délégation partie se frotter à l'élite mondiale du sport est composée de sept femmes et de trois hommes. Un chiffre étonnant pour qui connaît la sous-représentativité des femmes dans le système politique libanais, spécialiste des places réservées par appartenance confessionnelle et dont les 128 sièges du Parlement sont occupés par 124 mâles et seulement 4 femmes. Pire encore est la situation du côté de l'Exécutif où le Premier Ministre a décidé que seuls les garçons avaient le droit de jouer à diriger le pays. Idem dans la rue où s'exercent les brûleurs de pneus à une activité qui nécessite beaucoup de testostérone et peu de neurones. À voir d'ailleurs les uns et les autres s'invectiver stérilement dans des duels sans fin, on se dit que si ces lascars traduisaient leurs énergies en performance sportive, il y aurait fort à parier que le Liban obtiendrait de nombreuses médailles. Masculines.

Mais où sont les hommes ?!


Article publié dans l'ORIENT LITTERAIRE, supplément de l'Orient-le Jour du jeudi 2 août 2012

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