Anders B. Breivik, 100 jours par vie

© Odd Andersen / AFP

Dans la grande famille des assassins, il y a ceux qui ne se font jamais attraper ni punir. Le Liban et la Syrie en regorgent. Certains poursuivent parfois leur carrière dans la politique. Surtout les commanditaires.

Il y a aussi ceux, beaucoup plus rares, qui se font attraper. Surtout les exécutants. Certains ont déjà une carrière en politique, d'autres militent dans des organisations diverses et peu aimables. On les fait un peu croupir dans des geôles pas très fraîches, jusqu'à ce que, à la faveur d'une crise ou d'un changement de majorité, on les renvoie chez eux, parfois sans même avoir été jugés.

Autre pays, autres mœurs... En Norvège, la justice ne traîne pas. Un an et quelques semaines après le massacre du 22 juillet 2011, le verdict tombe : Anders Behring Breivik est reconnu coupable de la mort de 77 individus et des blessures infligées à 151 personnes. Breivik n'est ni un fou, ni un schizophrène. C'est "juste" qu'il ne partage pas les points de vue de certains de ses compatriotes sur l'avenir du pays et de sa démographie. Et il le fait savoir de manière sanglante. Pas de quoi nous impressionner, hélas, ni d'impressionner un Irakien, un Syrien, un Égyptien ou un Palestinien, pour ne parler que de nos voisins les plus proches, tous trop habitués à voir fréquemment des concitoyens se faire zigouiller en masse par des compatriotes - parfois flanqués de quelques "terroristes" étrangers - qui ont des idées bien arrêtées sur l'avenir de leur pays.

Conclusion : les autorités judiciaires norvégiennes, libres et indépendantes, ont infligé à Anders Behring Breivik une peine de 21 ans de prison. Soit 100 jours par vie.

Ça ne fait pas cher le macchabée et on se surprendrait presque à vouloir, nous aussi, faire notre petite liste d'individus qu'on aimerait bien flinguer (j'en vois déjà qui y réfléchissent !) avant d'aller à la case prison pour quelques tours.

À n'en pas douter, ses conditions de détention ne ressembleront ni à celles des caves de 6 mètres carrés du Ministère de la Défense à Baabda, ni aux cellules d'arrêt de la Sûreté Générale. Il ne sera ni torturé, ni ne devra partager ses WC avec 120 autres détenus et il disposera de 3 x 8 mètres carrés pour dormir, faire du sport et lire ou écrire sur un ordinateur non relié à l'extérieur. Des conditions idéales pour entamer une carrière littéraire, ou du moins pour pouvoir remanier son manifeste de 1518 pages intitulé 2083, une déclaration d'indépendance européenne qu'il pourra toujours envoyer à Richard Millet, lui qui a tant de flair pour les candidats au Goncourt.

Il y en a qui aujourd'hui, dans leur cachots humides, insalubres et surpeuplés, entre Palmyre et Roumieh, en passant par Damas, doivent légèrement envier Breivik.

Commentaires

Articles les plus consultés