L'innocence des laïques

Une petite ambiance de Révolution culturelle où les hommes de religion ont remplacé les commissaires du peuple.


Étrange phénomène. À la veille du 11 Septembre, date anniversaire de l'attaque contre les deux tours du World Trade Center par des jihadistes, l'extrait de ce qui serait un petit film très amateur intitulé L'innocence des musulmans, tourné un an auparavant en Californie par un sombre personnage déjà écroué pour des arnaques à la carte de crédit, se met à circuler sur la toile.

Alors que personne dans le monde "normal" ne s'y intéresse, l'extrait tourne essentiellement dans les cercles organisés des nombreux maîtres à penser - et à agiter - de la sphère de l'islam radical. Soudainement, les esprits s'enflamment - mais pas des flammes de l'enfer, qui, elles, sont réservées aux infidèles - et des manifestations pas si spontanées que ça éclatent sur des points bien précis du globe. Tout d'abord dans les capitales du Printemps arabe passées au mains des islamistes d'inspiration wahhabite, où la foule s'attaque aux missions diplomatiques occidentales : Tunis, Benghazi, Le Caire et Sana en-tête. Dans les pays touchés par le conflit syrien ensuite, en particulier au Liban, en Palestine, à Istanbul, à Téhéran et à Baghdad, voire au Koweit et à Bahreïn, où s'affrontent en sourdine l'islam duodécimain d'un côté, et les ultra-orthodoxes de la sunna de l'autre. Viennent enfin les villes principales des pays où l'islam radical a depuis longtemps pignon sur rue avec la "bénédiction" des autorités : Afghanistan, Pakistan, Bangladesh, Indonésie, Soudan et Nigeria, exception faite de l'Arabie Saoudite, berceau du wahhabisme et grand argentier de l'islam radical de tendance salafiste (souviens-toi, Oussama)... Ailleurs dans le monde musulman, c'est à dire dans sa grand majorité ? Rien ou pas grand chose, car il est essentiellement peuplé de gens normaux, hommes et femmes, qui ont mieux à faire, Dieu merci ! Ou qui sont encore épargnés par les conflits de pouvoir où se négocie brutalement le contrôle des individus appartenant de facto à l'Umma.

Affaire classée ? Que nenni. Voilà que Monsieur Morsi, Frère Musulman et président élu de l'Égypte post-Moubarak, propose à la tribune de l'ONU la pénalisation du blasphème, cette irrévérence à ce qui est considéré comme sacré par les hommes de religion - car les femmes, dans ce domaine, n'ont évidement jamais eu droit au chapitre. Or, à l'ère d'Internet et de la mondialisation, on voit déjà la gageure : surveiller, censurer et punir plusieurs milliards d'individus qui pourraient avoir des pensées blasphématoires et les exprimer. D'autant plus qu'ils ne seront pas tous à un jet de pierre, comme dans la drolatique scène de lapidation tirée de l'irrévérencieux film La vie de Brian des Monty Python.



Autrement dit, la proposition de Frère-Président Morsi n'est rien d'autre que le rétablissement de l'Inquisition à l'échelle du monde, dans une version au service des courants religieux totalitaires qui ont toujours fait passer leurs conceptions de l'ordre social par le contrôle serré de l'esprit et du corps des individus. Pour ces courants, le bonheur et la paix sont toujours relégués à un après, post mortem, à condition de s'être correctement soumis à l'ordre de la foi de son vivant. De quoi se réjouir d'en finir vite, en slip, sur une croix et avec assez de déo sous les bras pour éviter d'incommoder le crucifié voisin. Mais restons optimistes et continuons de voir le beau côté de la vie !





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