Aller-simple pour l'ailleurs

© Charles Ommanney / The Washington Post
Kos, île grecque, été 2015. Une famille de migrants afghans débarque sur la plage... Du point de vue de l'Europe, les sentiments sont mitigés face à l'embellie des flux migratoires actuels en provenance d'Afrique de l'Est et du Moyen-Orient. On se lamente sur les morts, on maudit les trafiquants d'êtres humains (dont la lucrative besogne commence dans le pays d'origine, souvent avec la bénédiction des pouvoirs en place), on pense que les gouvernements n'en font pas assez pour accueillir dignement ces personnes en détresse qui sont le sang neuf d'une Europe vieillissante. Une large partie de la population voit aussi ce déferlement comme une invasion à même de déstabiliser les équilibres socio-économiques européens déjà compliqués par son agrandissement à l'Est.
De notre côté, l'impression diffère. Guerre, corruption, pauvreté, radicalisation religieuse, ségrégation, injustice semblent avoir été orchestrées pour faire fuir les populations exsangues. À force d'avoir si peu de perspectives, face à la surdité du pouvoir et la brutalité de la terreur, on préfère aller voir ailleurs. Par n'importe quel moyen. Et à n'importe quel prix.
Le calcul n'est peut-être pas si mauvais que ça pour les pouvoirs en place. Et d'un parfait cynisme. La diaspora contribue largement au PIB. Les filières très lucratives des passeurs sont contrôlées par des agents du pouvoir. La pression démographique s'estompe. La contestation sociale aussi. On laisse le soin aux administrations et aux contribuables européens d'assumer la charge d'une population laissée en déshérence. Les affaires continuent.

Article publié le jeudi 3 septembre dans L'Orient Littéraire, supplément de l'Orient-Le Jour

Commentaires

Articles les plus consultés